Rencontre avec le duo Monsieur le Chien et Sagace

Un bel après-midi au parc royal de Bruxelles, nous avons décidé de parler de l’album Poussin-bleu, l’armure d’or, sorti chez Fluide Glacial depuis juin 2018 en attendant le prochain tome…

Tout d’abord, pourquoi Monsieur Le Chien ? 

M. le chien: J’aime séparer les deux univers. D’un côté, je suis père et de l’autre, j’ai un univers graphique alors je voulais absolument un pseudo notamment lorsque j’ai commencé par le blog en 2004-2005.

Je regardais un peu ce qui se faisait et j’avais noté que mon principe, c’était un peu ma vie et mon cul en humour et que j’étais un monsieur tout-le-monde. Donc Monsieur mais monsieur quoi… ce que j’avais mis en image sur mon blog était un bull terrier blanc avec un nœud papillon alors Monsieur le chien était né.

Parlons de poussin-bleu, on y retrouve des personnages hauts en couleurs et forts de caractère. Dieux, déesses, poussin, cochon, licorne, homme à la tête de cul et bien d’autres encore.
Pourquoi un choix de scénario d’héroïque fantaisie aussi décalé ?

M. le chien: Pour le choix de scénario, c’est assez contraint à l’origine car Yan Lindingre m’avait dit « Tu comprends, la première bd que tu fais chez nous c’est l’histoire d’un mec qui a une maladie en phase terminale, la deuxième c’est un apprenti violeur…bon, fais-nous quelque chose de plus fédérateur. »
Autant c’est sympa d’avoir des contraintes dans l’exercice de style, autant j’ai des difficultés à trouver des pitchs, c’est un peu ma faiblesse alors j’ai réfléchi pendant un moment et cela m’est venu suite à des échanges de textos avec Sagace où il y avait un émoticône poussin qui apparaissait en noir, ce qui lui donnait un air improbable.

Féréüs, Monsieur le Chien.
Éd. Makaka.

Je trouvais interessant de revenir sur ce terrain là en amenant quelque chose d’autre.
En général, mes personnages sont, pardonnez-moi l’expression, une galerie d’enculés où l’humour est assez simple à manipuler.
Pour que ce soit plus fédérateur j’ai créé un personnage éminemment sympathique, poli et qui vouvoie tout le monde même ses adversaires. C’est le plus positif que j’ai créé. Il a un acolyte, un petit cochon qui est du même acabit sinon tout autour d’eux les autres animaux sont des salopards.
Je n’ai pas vraiment d’influence culturelle qui ait marqué ma façon de faire de la BD.

Quand on lit cet album on attend un tome 2.
Va t-il sortir cette année ?

M. le chien: Oui, la suite sortira en Juin 2019 et toujours chez Fluide Glacial. 
Depuis que Fluide a été repris en main par Bamboo, certaines méthodes ont changé dans le sens d’une rationalisation et il y a notamment quelque chose d’agréable comme par exemple, assurer le lecteur qu’il n’y ait pas de série à rallonge et faire un système de diptyque sur le modèle de Largo Winch.
Ça me semble assez pratique car les gens sont sûrs d’avoir une histoire finie au bout du deuxième tome. Si ça marche bien et si l’éditeur est bien sûr intéressé, ce sera poursuivi sur d’autres diptyques.
Sagace et moi avons déjà un certain nombre d’idées pour la suite.

Quels sont tes projets actuels en dehors du tome 2 de poussin-bleu ?

M. le chien: Je reprends le scénario pour travailler le personnage de Féréüs le Fléau, créé chez Makaka. J’ai demandé à l’éditeur de travailler avec un dessinateur alors il m’a proposé de travailler avec MC qui dessine vraiment bien et fait des couleurs splendides, c’est pour ça que je le voulais (sortie en Avril 2019).
J’ai un accord de Fluide Glacial et de Makaka pour que l’univers de Féréüs le fléau soit le même que celui de Poussin-bleu, ce qui permet d’étendre cet univers.

Féréüs, le fortin du ponant. Monsieur le chien & MC. Éd, Makaka

Sagace: Nous avons également un autre album de conseils sexo, avec des petits personnages mignons, des petits culs, etc… un peu plus réaliste où nous parlons de sexualité de couple avec des sujets tabous comme la sodomie pour les hommes, la perception de la sexualité chez les hommes et chez les femmes, ou encore de la tendresse et des affinités sexuelles pour expliquer qu’il y a des couples qui n’ont rien à faire ensemble dans la vie ou dans un lit.

Vous pourriez parler de l’album Une vie d’échangiste (Éd. Carabas, 2017), que vous avez fait ensemble ?

Une vie d’échangiste, Sagace &
M. le Chien.Éd. Carabas

Sagace: C’est un guide didactique à destination des gens qui se posent des questions, et pour enlever une fantasmatique en y mettant de l’humour parce-que c’est quand même érotique donc il faut que se soit drôle.
Le thème de l’échangisme n’avait pas encore été abordé en BD.

Ça répondait vraiment aux interrogations que les gens peuvent avoir et l’échangisme n’est pas vraiment en marge, ce n’est pas du sado-masochisme hard, ça reste quelque chose d’abordable, que les couples peuvent faire sans équipements spéciaux.

« L’échangisme, c’est faire la même chose qu’à la maison mais avec plus de personnes. », Sagace.

Dis-moi M. le Chien, il y a des gens avec qui tu aimerais travailler ?
Enfin, des auteurs vivants…

Mon rêve absolu serait avec Jordi Bernet, dessinateur de Torpedo. À chaque fois que je vois ses dessins, je pleure du sang.
Olivier Schwartz, André Juillard. Disons qu’ils sont plutôt des gens dont j’admire le travail. Je n’ai aucune prétention à leur présenter quoi que ce soit.
J’aime beaucoup Alfonso Font. De manière générale, j’aime beaucoup l’école ibérique, espagnole ou argentine. J’ai eu tellement de bons moments de lectures.

Et reverra t-on une Bd du duo Pixel Vengeur-Monsieur le chien ?

Rien de prévu, il s’avère que c’est un mariage organisé par Yan Lindingre à l’origine. Il m’avait demandé si je voulais faire des textes pour Pixel Vengeur.
Si je dessine c’est pour m’autoriser à écrire mes textes donc si on me donne un dessinateur, c’est très bien !
Ça a bien tourné parce-qu’il est extrêmement carré. S’il y a quelque chose que j’aime bien en travaillant avec lui c’est qu’il est un peu comme une machine, on lui donne le scénario et il sort ses dessins assez vite. Je suis vraiment très content du diptyque de La méthode champion (Éd. Fluide glacial).

Quels sont tes coups de cœur littéraires, que lis-tu en ce moment ?

Je lis Water music de T.C Boyle, c’est très bien écrit. Je conseille vraiment Gustave Le Bon ou encore Nicolas Machiavel, j’adore ces gens qui arrivent à condenser l’intelligence, à la rendre finalement accessible en peu de mots.
Le maître absolu, presque un maître à penser pour vivre c’est Nicolás Gómez Dávila, qui écrivait des aphorismes, ça peut sembler un peu hermétique aux gens d’aujourd’hui dans la mesure où c’est un penseur catholique et c’est la portion congrue de la chose mais tout le reste est prodigieux et on peut prendre tous les recueils tirés de ses aphorismes. Je ne peux qu’encourager les gens à lire ça.