La vengeance de Croc-en-jambe et Qu’importe la mitraille, de Nicolas Moog et Matthias Lehmann

Les ravages de l’usine Lubrizol vous font flipper ? Pas de panique (comme disait l’autre con), restez chez vous et lisez La vengeance de Croc-en-jambe !
Nicolas Moog et Matthias Lehmann reviennent avec un nouvel album à ne pas manquer. Une bande-dessinée d’un duo de choc qui, j’en suis sûre, ravira les lecteurs les plus fidèles.

Deux musiciens itinérants, Nicolas Moog et Matthias Lehmann, se rendent à Bruckange pour jouer un soir au bal de la fête foraine. Au mauvais endroit au mauvais moment, Nic’ et Matt sont, malgré eux, témoins d’une obscure situation.
Le lendemain matin, ils jouent à un enterrement puis se retrouvent au PMU du coin avec la famille et les amis du défunt, Franckie, fils de Carl Schwarz, alias Croc-en-Jambe qui est le chef d’un cartel de drogue. Ce capitaine croche-pied consent à partager le trafic avec deux autres gangs. À partir du verre et des mots de trop, nos deux musiciens vont vite basculer dans une aventure qui sera plus que riche en émotion, voire ballottés entre l’enfer et le monde des vivants…

C’est l’histoire d’un règlement de compte glacial et sans pitié, entre gangs, enrichie par du sang, des larmes mais aussi de l’amour ! Un élément inéluctable lorsque la brutalité entoure deux jeunes adultes un peu exclus par leurs proches avec forcement l’envie de partir loin (à Paris) sans même dire au revoir. Ah, les rebelles !
Tous les ingrédients sont donc présents pour faire un album coquet et remarquable, un vrai délice visuel !

Tout ça pour dire qu’une fois de plus, ces talentueux auteurs jouent la carte du scénario et du dessin à quatre mains, ce qui est fort plaisant. Après tout, on ne change pas une équipe qui gagne. Il est inutile de dire que le mélange de la dynamique et de l’osmose qui forme ce duo infernal s’essouffle. Pour cet album, le fil de l’histoire est soigneusement tissé et manipulé avec grand soin.

PS: On me dit à l’oreillette que Bruckange n’existe pas ou alors même Google pas ne connaît pas… Oh…hé, ça coûte rien de regarder !

Ah oui au fait… si vous aimez les éditions 6 pieds sous terre ou si vous ne les connaissez pas, sachez que l’album Qu’importe la mitraille est toujours disponible dans toutes les bonnes librairies !
J’en profite donc pour vous donner gentiment l’envie de lire l’album Qu’importe la mitraille ci-dessous:

Qu’importe la mitraille, Moog & Lehmann. Éd. 6 pieds sous terre

Un beau bébé de 64 pages est née en 2016 grâce à l’amitié de ces deux auteurs qui ont traversés les lourdes épreuves qu’offre le monde de la BD comme on dit mais plus particulièrement le monde de l’édition. L’album met en lumière les expériences et points de vue des deux auteurs Nicolas Moog et Matthias Lehmann, acquis au gré du temps car il s’agit là d’une collection de souvenirs. Certaines de ces pages ont étés déjà publiées dans les revues JADE et ALIMENTATION GÉNÉRALES entre 2007 et 2015.

On y voit la naissance des fanzines dans les années 90 qui bousculent les codes de la bande dessinée à la papa, les aléas pendant le festival d’Angoulême ou encore les échecs auquels ils font face et tout cela raconté avec humilité parfaite qui rappelle à certains moment un album de Carlos Gimenez, intitulé Les Professionnels.
Une vague de clins d’œil est aussi très présente au fil de la lecture.
J’y ai personnellement vu un vrai travail d’équipe et deux auteurs qui ont pour vocation de ne pas rester dans le rang des sages bédéastes. La narration et les dessins sont partagés avec égalité mais aussi une justesse de ton.

J’ai lu cet album en me posant une centaine de questions au sujets des conditions de vie des auteurs qui comme nous le savons tous plus ou moins, sont malheureusement de plus en plus difficiles pour beaucoup d’entre eux.

Ce duo offre donc un style de bande dessinée que l’on peut classer dans le répertoire de l’alternatif voire de l’underground. Quant au style graphique des auteurs, les traits assez souples et les tons bichromés donnent une représentation moins dure que la réalité.