Stum, de Yann Taillefer

Dans une ville inhumaine, des personnages miséreux, broyés par un système absurde, sont entraînés dans des aventures de loosers. Un employé de bureau cocufié par son chien, une tumeur et son hôte dans une grande évasion, une fleur mégalomane ou une allumette involontairement incendiaire : ce sont quelques-uns des antihéros de cette BD sans dialogues, dessinée au BIC, à l’esthétique tout droit sortie d’un cartoon à l’ancienne. 

Inévitablement, tout dans cette BD fait penser à Winschluss (surtout à ses collaborations avec Cizo à l’époque de Ferraille ou à Smart Monkey, sorti chez Cornelius), tant les personnages que l’humour noir, ainsi que les clins d’oeil aux dessins animés des années 20. Ce n’est pas pour rien qu’on est chez les Requins Marteaux.

Mais pour le coup, Yann Taillefer se distingue assez vite de Winschluss : Moins poétique et plus bourrin, on sent que le dessinateur prend un malin plaisir à détourner l’innocence du cartoon de manière plus organique. Il le fait à un degré qui devient carrément un parti-pris de surenchère potache, avec du gore et du cul cradingue à chaque recoin de case. C’est un peu comme si Fritz le Chat avait croisé Street Trash, et tout transpire le malaise social : Employés surexploités, toxicomanes, pervers en tous genres, scientifiques à la Josef Mengele, patrons misanthropes. Tous sont soumis à un système oppressif absurde ultra-violent où toute matière vivante est exploitable, qui trouve son apogée dans une espèce de délire architectural mutant à la Cronenberg.

Magnifiquement réalisés au BIC, les dessins constituent un travail d’orfèvre, on reste en trois couleurs au trait uniquement, sans aplats, ce qui donne l’impression de lire un storyboard de dessin animé. Et ça donne une bonne consistance à l’univers de la BD, surtout vers le final apocalyptique de l’histoire principale.

Pas forcément accessible à tout le monde, Stum est en tous cas une bizarrerie déviante, trash, brutale comme un film de Troma mélangé à du Tex Avery. Et ça c’est bien !